Quand une administration se met à imaginer son propre ministère en 2037 pour mieux décider aujourd’hui, ça mérite qu’on s’y arrête. Le Ministère de la Transition écologique conduit depuis janvier 2026 un cycle d’ateliers intitulé « Design fiction : quand l’IA transformera (vraiment) nos métiers », ouvert à ses agents comme à des participants externes. L’exercice ne cherche pas à prédire l’avenir de l’administration, il construit un futur plausible pour le questionner collectivement, avant que les choix ne soient faits par défaut.
Pour une organisation à mission, fondation, fédération professionnelle, organisme parapublic, ce précédent change la donne. Le design fiction n’est plus une pratique de cabinet d’innovation réservée aux grands groupes technophiles. C’est une méthode que l’appareil d’État lui-même juge assez sérieuse pour l’appliquer à ses propres arbitrages sur l’intelligence artificielle.
Un problème que les organisations à mission connaissent bien
Une fondation ou une fédération professionnelle n’a presque jamais de direction des systèmes d’information dédiée, ni de budget technologique confortable. Elle a en revanche une raison d’être précise, souvent inscrite dans ses statuts, que son conseil d’administration surveille de près. La question de l’IA s’y pose donc différemment que dans une entreprise : ce n’est pas seulement « combien ça coûte » ou « quel ROI », c’est « est-ce que ça trahit ce que nous sommes ?».
C’est exactement le type de question que l’atelier ministériel met en scène : quelle place voulons-nous donner à l’IA, quelles limites poser, comment en tirer parti sans perdre ce qui fait l’identité de l’organisation. Le format, une immersion dans un futur concret plutôt qu’un débat abstrait sur les principes, permet à des administrateurs bénévoles, des membres, des équipes réduites, de se projeter sans expertise technique préalable. On n’a pas besoin de comprendre un modèle de langage pour réagir à un scénario incarné.
Ce que nous avons déjà fait avec des organisations de ce type
Nous accompagnons depuis plusieurs années des structures dont la mission dépasse la seule performance économique : l’Agence Française de Développement, la Fondation Louis Lépine, la Fondation de la Haute Horlogerie, l’Institut National de la Propriété Industrielle, l’International Fertilizer Association, le Secrétariat général des Affaires européennes, le Service d’Information du Gouvernement. Des structures publiques, parapubliques ou à vocation d’intérêt général, chacune avec sa propre exigence de rigueur et sa propre sensibilité sur ce qui peut ou ne peut pas être délégué à une technologie.
Cette expérience nous a appris une chose simple : une organisation à mission n’a pas besoin qu’on lui vende l’IA. Elle a besoin qu’on l’aide à décider, en connaissance de cause, ce qu’elle veut en faire et ce qu’elle refuse. Le design fiction sert exactement cet objectif : donner une forme concrète à plusieurs futurs possibles, pour que le conseil d’administration ou les équipes puissent en débattre avant de s’engager, plutôt que de découvrir les conséquences après coup.
Comment ça se traduit concrètement
Un atelier de ce type commence par identifier ce qui, dans le fonctionnement actuel de l’organisation, pourrait être touché par l’IA, l’instruction de dossiers, la relation aux adhérents ou aux bénéficiaires, la production de contenu, la veille. Puis on construit un ou deux scénarios crédibles : à quoi ressemblerait votre fédération professionnelle dans cinq ans si elle avait adopté tel usage de l’IA ? Qu’est-ce que ça changerait pour vos membres ? Qu’est-ce que ça vous ferait perdre ?
Le scénario prend une forme tangible, un persona, une interface, une situation vécue, pour que la discussion porte sur du concret plutôt que sur des principes généraux. C’est cette mise en discussion qui fait remonter les vraies lignes rouges d’une organisation : ce qu’elle est prête à déléguer à l’IA, et ce qui doit rester entièrement humain parce que c’est constitutif de sa mission.
Vient ensuite, si le scénario a fait émerger une direction claire, le travail de cadrage plus classique, définir ce qui est réellement nécessaire, structurer une gouvernance adaptée à une organisation qui n’a pas de DSI, choisir des outils proportionnés aux moyens réels. Le design fiction ouvre la discussion ; l’AMOA la referme par une décision structurée.
Une légitimité qui ne se décrète pas
Ce qui rend ce précédent gouvernemental utile, ce n’est pas qu’il faille imiter l’État. C’est qu’il retire un argument à ceux qui verraient le design fiction comme un exercice créatif déconnecté des vrais enjeux d’une organisation à mission. Si un ministère juge la méthode assez sérieuse pour questionner sa propre transformation, une fondation ou une fédération professionnelle peut légitimement s’en saisir pour la sienne, sans avoir besoin d’un service innovation dédié, et sans risquer de perdre le contrôle du récit sur ce qu’elle est.
Vous vous demandez ce que l’IA changerait vraiment pour votre organisation, sans savoir par où commencer ni quel budget technologique y consacrer ? C’est précisément la question à laquelle un atelier de design fiction permet de répondre, avant que la question ne se pose à vous dans l’urgence, sous une forme que vous n’aurez pas choisie.






